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La forêt en vallée de Chamonix Mont-Blanc

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En montagne, la forêt occupe une place centrale dans l’organisation et la structuration des paysages. Loin d’être figés, ces milieux sont en constante évolution, sous l’effet de facteurs naturels et des usages humains qui s’y exercent. Comprendre ces processus permet d’éclairer les mécanismes à l’œuvre et de mieux appréhender les enjeux qui façonnent aujourd’hui les forêts de la vallée de Chamonix.

Des forêts qui rendent de multiples services

La forêt de montagne forme un écosystème complexe qui rend de nombreux services dits « écosystémiques » aux habitants des vallées et des reliefs. Elle fournit du bois local pour la construction et le chauffage, participe à la régulation du cycle de l’eau et agit comme puits de carbone en stockant le CO₂.
Elle joue également un rôle essentiel dans la conservation de la biodiversité, la protection contre les chutes de pierres, les crues torrentielles et les avalanches. Elle contribue enfin au cadre de vie et constitue un espace de loisirs et de pratiques de pleine nature.

Déjà fragilisé par le réchauffement climatique, l’épicéa se montre particulièrement sensible à la sécheresse, aux tempêtes de vent — notamment dans les peuplements homogènes — ainsi qu’à certains pathogènes comme le scolyte. Dans ce contexte, d’autres espèces dites thermophiles, comme le pin sylvestre, pourraient progressivement prendre une place plus importante sur certaines zones de basse altitude.

Une forêt qui monte, une forêt qui change

Dans la vallée de Chamonix, la forêt a connu une transformation rapide au cours des dernières décennies. Sa surface a presque doublé depuis le milieu du XXe siècle. 
Dans le massif du Mont-Blanc, cette évolution se lit aussi en altitude : la limite médiane de la forêt est remontée de 60 mètres entre 1952 et 2006 (Martin, 2014), et les projections estiment qu’elle pourrait encore gagner jusqu’à 100 mètres d’ici 2050 selon la configuration des milieux (Schumacher et Bugmann, 2006). Cette dynamique ne se traduit toutefois pas de manière homogène.
L’orientation des versants peut, à elle seule, faire varier la présence de la forêt jusqu’à 200 mètres d’altitude. En dessous de 1500 mètres, les simulations montrent une progression du hêtre, de l’érable et du sorbier. Certaines espèces dites thermophiles, comme le pin sylvestre, pourraient également gagner du terrain et remplacer progressivement l’épicéa sur certaines zones de basse altitude. En somme, les forêts de montagne sont en train de se recomposer.

Une évolution portée par plusieurs facteurs

Cette recomposition s’explique par un ensemble de dynamiques imbriquées. Fortement influencées par les conditions climatiques et les activités humaines, les forêts de montagne figurent parmi les milieux les plus sensibles aux effets du changement climatique. Sécheresses, incendies, tempêtes ou encore épisodes de stress sanitaire affectent directement la survie des arbres et, par conséquent, l’ensemble des services qu’ils rendent aux territoires.

 

Partager la forêt, entre usages et préservation

Pour permettre à chacun de profiter de la forêt tout en la respectant, l’ONF propose la charte du promeneur « J’agis pour la forêt ». Elle rappelle les comportements à adopter afin de concilier accueil du public et protection des milieux naturels.
Promenade, VTT, course à pied ou chasse : la forêt accueille de nombreux usages. Cette charte vise à les faire cohabiter avec les autres enjeux forestiers. Il est ainsi recommandé de rester sur les sentiers pour préserver les jeunes pousses ou d’éviter les zones de travaux forestiers.
L’organisation des espaces forestiers permet également de distinguer les zones dédiées à l’accueil du public, à la biodiversité ou à l’exploitation. Une manière d’assurer l’équilibre entre des fonctions qui cohabitent au sein d’un même territoire, parfois sans être immédiatement visibles pour les visiteurs.

A voir également : la charte du promeneur en forêt

Les forêts publiques : une gestion encadrée et durable

Dans la vallée de Chamonix Mont-Blanc, les forêts communales des Houches, de Vallorcine et de Chamonix sont certifiées PEFC, un label garantissant une gestion durable des forêts.

Une forêt communale appartient au patrimoine privé de la commune tout en répondant à des enjeux d’intérêt général. Comme les forêts domaniales, elle relève du régime forestier, mis en œuvre par l’ONF, qui assure une gestion multifonctionnelle de ces espaces naturels.

Ce régime encadre la gestion durable des forêts publiques et protège leur patrimoine contre les aliénations, les défrichements, les dégradations, les surexploitations ou les abus de jouissance. Il prend en compte trois grandes fonctions de la forêt : économique avec la production de bois, écologique avec la préservation de la biodiversité et la prévention des risques naturels, et sociale avec l’accueil du public.
Chaque forêt communale dispose d’un document de gestion appelé « aménagement forestier ». Définie par le Code forestier, cette feuille de route fixe les grandes orientations sylvicoles pour une durée d’environ vingt ans. Elle permet d’organiser la gestion durable des forêts publiques afin de garantir à la société l’accès à l’ensemble de leurs services : production de bois, accueil, biodiversité et prévention des risques naturels.
Ce document précise notamment les essences à favoriser, les plantations à envisager ou encore les modalités de régénération. Il planifie les récoltes de bois et les travaux à réaliser en tenant compte des équilibres économiques, environnementaux et sociaux.

En savoir plus sur l'aménagement forestier - ONF

 

Les forêts privées, un enjeu majeur en Haute-Savoie

En Haute-Savoie, près de 70 % des surfaces forestières relèvent de la propriété privée. Face à ces enjeux, l’Union des forestiers privés joue un rôle de relais sur le terrain. Cette structure essentiellement bénévole accompagne les propriétaires dans la gestion de leurs parcelles, en lien avec le Centre national de la propriété forestière (CNPF), afin de promouvoir une gestion durable et équilibrée des forêts.
Le CNPF, établissement public dédié aux forêts privées, s’appuie sur des agents de terrain pour accompagner les propriétaires. Leur mission consiste à les conseiller, à les informer, à encourager des regroupements de gestion, à préserver les écosystèmes et à favoriser une valorisation diversifiée des forêts, tout en préparant leur avenir.


Centre national de la propriété forestière

Union des forestiers privés 74

 

Une charte pour structurer l’action forestière à l’échelle du territoire

La Charte forestière du Pays du Mont-Blanc est un projet de territoire qui rassemble l’ensemble des acteurs concernés par la forêt et la filière bois : collectivités, professionnels, propriétaires et usagers. 

Elle s’inscrit dans les orientations portées par les deux intercommunalités, la CCVCMB et la CCPMB, autour des enjeux forestiers.

Elle vise à encourager une dynamique de concertation entre acteurs, à favoriser l’émergence de projets, la recherche de financements et la mise en œuvre d’actions en faveur de la forêt et des services qu’elle rend. Un comité de pilotage, réunissant élus et partenaires, assure l’animation de cette démarche. Si la Charte ne finance pas directement les projets, elle leur apporte une reconnaissance en les « labellisant » dans son cadre.

Dans un contexte où la gestion forestière s’inscrit sur des temps longs, de l’ordre de 100 à 150 ans, la Charte place la durabilité au cœur de ses priorités.

Une charte en cinq grands axes et des actions concrètes sur le territoire

La Charte forestière s’articule autour de cinq axes principaux : 

  1. Faciliter la mobilisation des bois dans les forêts du territoire

  2. Favoriser l’utilisation du bois local dans la construction

  3. Le chauffage ou d’autres usages, sensibiliser le public aux enjeux forestiers

  4. Mieux prendre en compte les différents rôles de la forêt (biodiversité, protection contre les risques naturels et climatiques, stockage du carbone, accueil)

  5. Animer et faire vivre la démarche dans le temps.

Ces orientations se traduisent par des actions concrètes, telles que l’adaptation des forêts aux changements climatiques, la préservation du patrimoine forestier, le maintien des savoir-faire et du tissu d’entreprises forestières locales, le développement de l’utilisation du bois local dans la construction et la sensibilisation pour permettre une meilleure conciliation des usages en forêt.

 

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