L’agropastoralisme en montagne
L’agropastoralisme repose sur une organisation agricole étroitement liée aux milieux naturels. Les troupeaux utilisent différents espaces appelés parcours (prairies, pelouses d’altitude ou landes) selon les saisons. Cette alternance structure l’activité agricole tout au long de l’année et a contribué à façonner durablement les paysages.
Pour aller plus loin, le réseau pastoral Auvergne Rhône-Alpes et ses partenaires ont développé Pasto Késako, un site ressource sur le pastoralisme en montagne (informations, outils,...) :
Dans les territoires de montagne, cette pratique est traditionnellement associée à la transhumance. Au printemps, les troupeaux montent vers les alpages avant de redescendre dans les vallées à l’automne (appelées « emmontagnées » ou « démontagnées » dans nos territoires). Ce rythme saisonnier permet d’utiliser successivement différents espaces tout en laissant aux milieux des périodes de repos et de régénération.
Ce fonctionnement repose sur une relation directe entre élevage et milieux naturels. Les animaux se nourrissent de la végétation et participent ainsi au maintien des espaces ouverts en limitant l’embroussaillement. En retour, leurs déjections contribuent à la fertilité des sols et le maintien des milieux ouverts favorise une grande diversité d’espèces animales et végétales.
L'effet "lisière"
L’effet de lisière, aussi appelé effet de bord, désigne ce qui se produit à la frontière entre deux milieux naturels différents, par exemple entre une forêt et une prairie, ou entre un alpage et une zone boisée.
Dans ces espaces de transition, la lumière, l’humidité, le vent, la température ou encore la composition des sols évoluent progressivement le long d’un gradient plus ou moins étendu. Ces variations créent des conditions particulières capables d’accueillir des espèces propres aux deux milieux d’origine, mais aussi des espèces spécialisées des zones de transition. Les lisières abritent ainsi une biodiversité souvent plus importante que chacun des milieux pris séparément.
Dans la vallée de Chamonix Mont-Blanc, l’agropastoralisme constitue aujourd’hui l’activité agricole dominante. Les alpages sont utilisés pour différentes activités d’élevage : filière laitière, génisses, bovins à viande ou encore ovins. Les éleveurs peuvent exploiter ces espaces individuellement ou dans le cadre d’organisations collectives, en confiant leurs animaux en pension à des groupements pastoraux. Le maintien de cette pratique sur le territoire participe à l’ouverture des paysages et des versants. Les mosaïques de prairies, de landes et de zones boisées sont directement liées à l’utilisation des parcours et à la pratique de la transhumance.
Toutefois, l’évolution des pratiques agricoles, la topographie des lieux ou bien encore le retour du loup contribuent aujourd’hui à faire évoluer cette pratique.
Les collectivités locales accompagnent ces évolutions en soutenant les éleveurs et l’adaptation des pratiques agricoles (pour en savoir plus : Alpagiste). Elles mettent en place des actions destinées à maintenir l’agropastoralisme et à gérer au mieux les zones des parcours, tout en conciliant préservation des paysages, enjeux économiques et enjeux écologiques.
Les alpages et les prairies, un espace partagé
La présence des troupeaux rime avec chiens de protection. Leur rôle est de défendre les animaux contre les prédateurs et leur comportement peut surprendre.
Pour en savoir plus sur Comment réagir face à un chien de protection ?
Rester sur les sentiers est essentiel. Sortir du chemin ou rentrer dans un champ fragilise les sols et la végétation. À terme, cela entraîne de l’érosion et une dégradation et diminution des ressources herbagères nécessaires à l’alimentation des troupeaux.
Enfin, les espaces de montagne sont des lieux de vie, de travail et de nature. Il est important de rappeler que l’on est toujours chez quelqu’un lorsqu’on se promène en pleine nature : les alpages et montagnes appartiennent à des propriétaires privés, des éleveurs, des communes ou encore au Département.
Pour en savoir plus sur le thème de l’agropastoralisme, n’hésitez pas à visiter la Maison du Lieutenant
Le saviez-vous ?
AFP, consortages… l’organisation des alpages en vallée de Chamonix-Mont-Blanc
En vallée de Chamonix-Mont-Blanc, l’exploitation des alpages s’est historiquement organisée autour de ce que l’on appelle des « montagnes » : des ensembles de terrains délimités et exploités collectivement par des consorts. On parle ainsi de la Montagne de Balme, de la Montagne de Charamillon ou encore de la Montagne de la Pendant, des noms généralement associés aux consortages du même nom.
Chaque consort détient une ou plusieurs parts dans un ou plusieurs consortages. Ces parts, appelées « fonds de vache », correspondent historiquement à l’ensemble des éléments nécessaires à l’exploitation d’une vache en alpage (herbage, bergerie, matériel…). Elles permettent d’organiser la gouvernance interne des consortages et se transmettent généralement de manière héréditaire. Elles confèrent notamment le droit d’utiliser des parcelles d’alpage, ou autrefois d’« inalper » une vache sur les pâturages communs.
Aujourd’hui encore, les consortages et l'organisation de la gestion en « montagnes » sont bien présents en vallée de Chamonix-Mont-Blanc :
- Une partie d’entre eux est regroupée au sein des deux Associations Foncières Pastorales (AFP) du territoire : Chamonix-Mont-Blanc et Vallorcine (cette dernière étant une AFPF intégrant également des enjeux forestiers).
Les AFP sont des structures collectives reconnues, qui constituent un outil essentiel d’aménagement des espaces ruraux et montagnards. Elles favorisent le partage d’informations, la construction de projets communs et représentent des interlocuteurs privilégiés pour les administrations. Elles peuvent également mobiliser des financements spécifiques inaccessibles aux particuliers. - Plusieurs « montagnes » font également partie de l’Association des Alpages de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc (AAVC), qui œuvre à mieux faire connaître ces espaces et leurs modes de gestion. Un travail est actuellement mené en lien avec la Chaire Valcom de l’Université Savoie Mont-Blanc autour de la notion de communs.